Accouchement à domicile, vu par un papa

Un article un peu hors sujet sur ce blog, mais j’avais envie de partager cette aventure vécue début mars.

Pour la naissance de notre deuxième enfant, nous avons fait le choix, avec ma compagne, de l’accouchement à domicile (AAD). Ce choix s’est fait naturellement pour elle, un peu moins pour moi.
Nous recherchions avant tout moins de médicalisation, un accouchement où nous pourrions être acteurs et non simples spectateurs entravés par l’appareillage et les procédures médicales (mouvements limités par la présence permanente du monitoring, pose imposée et systématique d’un cathéter juste au cas où on aurait besoin d’une perf, accouchement imposé en position gynécologique, les personnes, inconnues jusqu’alors qui ne se présentent pas en arrivant en salle de naissance…).

Bref, dès que nous avons su qu’elle était enceinte, nous avons pris rendez-vous chez une sage-femme qui pratique l’AAD.

Le suivi global est également très appréciable : une seule personne (notre sage-femme) suit l’ensemble de la grossesse, avec consultation des spécialistes au cas par cas (en gros les seules les échographies ne sont pas au cabinet de la SF). C’est également cette même sage-femme qui assure les cours de préparation à l’accouchement (avec bien sur un focus sur la gestion de la douleur qu’il faut gérer sans péridurale).

Ces cours sont aussi l’occasion de voir que la nature est terriblement bien faite… Mais qu’on perturbe beaucoup de choses car on est trop interventionniste. Par exemple, j’ai l’impression qu’en maternité, ils n’ont qu’une obsession quand une femme se présente pour un accouchement : rompre la poche des eaux, pour accélérer le travail… Quand on t’explique que cette poche des eaux a aussi pour rôle d’amortir la pression de la tête du bébé sur le col, et donc de réduire la douleur, on ne comprend plus trop bien sur quoi est basé ce besoin irrépressible de la percer à tout prix ! Ils feraient mieux de permettre à la maman de rester verticale, ça ça aide faire descendre le bébé et accélère le travail !

Enfin arrive le jour J ! Pas mal de contractions le matin dès 4h, ma compagne se lève car elles l’empêchent de dormir. Elle vient me réveiller vers 6h car la douleur devient trop importante, nous décidons d’appeler la sage-femme vers 7h pour qu’elle passe voir où ça en est. Notre aîné est envoyé chez des copains pour la journée ! La sage-femme est chez nous à 7h30, les contractions se sont un peu calmées, pour elle ça n’est pas encore pour tout de suite… Elle lui propose de se reposer ce matin et de voir comment cela évolue dans la journée… Pour ma part, direction le boulot. Pour ne pas rester seule avec ses contractions, elle fait appelle à sa doula qui l’aidera à gérer la douleur.

Fin de journée, je passe chercher notre aîné et nous rejoignons ma compagne. La doula l’aura beaucoup accompagné pour gérer la douleur des contractions toute la journée. A mon retour, les contractions ce sont un peu calmées. Repas, puis couché de l’aîné, qui dort vers 21h. Les contractions se sont remises en route, j’accompagne comme je peux pour tenter soulager un peu la douleur ! Les bougies sont allumées et participent à créer une ambiance favorable à la relaxation : ce sera notre seule source de lumière pour les heures qui vont suivre.
Le contractions deviennent moins supportables, ma compagne demande à aller à la maternité. Je la soutien du mieux que je peux, mais ça ne m’étonne pas qu’elle en ai marre après une journée complète de travail. J’hésite à appeler la sage-femme maintenant ou d’attendre encore un peu ! Finalement, elle me dit qu’elle a besoin de pousser, j’appelle donc notre sage-femme qui se met en routes tout de suite (elle n’habite pas trop loin de chez nous) ! Après 10 minutes d’attente (qui nous ont quand même parues assez longues car l’envie de poussée est bien la), la SF arrive pour notre plus grand soulagement ! Dans l’intervalle, la doula est également revenue.
22h40 : il était moins une, 10 minutes après, notre petite Lucile était la !
L’accouchement parfait, la poche des eaux se rompt au moment de la sortie du bébé.

Minuit 40, tout le monde est reparti, nous somme tous les 2 avec notre petite fille, dans un environnement familier. Notre première nuit commence dans la sérénité.

Contrairement à ce que beaucoup de gens imaginent, je n’ai pas entendu hurler ma compagne de douleur, comme on le voit parfois dans les films/reportages.

Au final, j’ai personnellement trouvé énormément d’avantage à ce type d’accouchement, je peux citer

  • Le père trouve beaucoup plus facilement sa place, du fait que, dès les premières heures, on peut être en permanence avec le bébé et la maman ! Il n’y a pas « d’abandon » du nouveau-né et de la maman le soir. Le papa participe dès les premiers jours aux nuits, et prendre part aux changements de couche, aller chercher le bébé quand il se réveil…
  • Pour les aînés, c’est le top : la découverte du nouveau-né se fait à la maison, dans un environnement qui leur est naturel. Quand ils en ont marre, ils ont leurs jouets à portée… je pense que pour moi, cela aurait été délicat avec notre aîné, il n’aurait pas tenu en place à la mat et on aurait dû quitter la mat au bout d’une demi-heure… Frustrant pour le papa et pour les aînés. Sinon, on peut toujours mettre les grands chez la nounou/des amis/les grands-parents/la crèche pendant que papa est à la mat… Mais je comprendrais le sentiment d’exclusion des aînés dans une telle situation… pour moi, ça n’a rien d’idéal, et ça ne facilite pas les relations entre la fratrie ! Pour les amis qui viennent voir la maman et le bébé c’est mieux aussi : café-thé-biscuits au programme !
  • Pour la maman, la possibilité d’accoucher dans la position qui lui convient le mieux (aucune femme ne choisirait naturellement la position gynécologique pour accouchée, qui est peut-être la plus pratique pour les médecins mais sans nul doutes la pire pour la femme). Possibilité aussi d’accoucher éventuellement dans l’eau (nous avions loué une piscine d’accouchement, mais finalement nous ne l’avons même pas installée…).
  • Beaucoup moins de dérangement qu’à la maternité : les services en maternité démarrent tôt, la plupart du temps les petits-déjeuners sont servis vers 8h et le personnel vient voir la maman dans la foulée. Quand le bébé s’est endormi tard, être réveillé aussi tôt n’est pas forcément l’idéal pour bien commencer la journée. Je ne parle même pas de l’accouchement lui-même, les salles d’accouchement à l’hôpital se transforment parfois en vrai hall d’hôtel 😉 .
  • Quantité et qualité des repas : nous avions été vraiment déçus à la maternité ou notre aîné est né. Ma compagne avait trouvé la quantité notoirement insuffisante, surtout pour une maman allaitante, qui mange donc pour 2 ! Je ne parle même pas de l’absence de repas à l’issue de l’accouchement : accouchement à 19h30, le personnel ne lui avait rien demandé, et lorsqu’elle à réclamé à 22H30, on lui a apporté un yaourt… un peu léger quand on vient d’accoucher et qu’on a à peu près rien mangé depuis le matin…
  • Nous avons été suivi par une personne passionnée par son travail, aux qualités humaines exceptionnelles ! Durant toute la grossesse, l’humain passe devant le médical, et c’est vraiment très appréciable (la grossesse n’est pas une maladie !).
  • L’environnement global : pas de lumière désagréable, puissante et froide, type lumière de bloc opératoire, les microbes sont les nôtres et pas ceux des voisins de chambre
  • Un vrai suivi après l’accouchement par la SF, dans les 2 heures qui suivent la naissance… La sage-femme est en effet la exclusivement pour nous, elle ne s’occupe que de nous. En structure, une fois l’accouchement terminé, on est parfois un peu abandonné, pourtant, les premières dizaines de minutes qui suivent l’accouchement sont probablement les plus dangereuses (risques d’hémorragies notamment). Lors de notre accouchement au CHU, il s’est trouvé que plusieurs femmes sont arrivées juste après la naissance de notre fils, et nous avons été abandonnés (accouchement 19h30, nous ne sommes montés en chambre qu’à 23h, parce que nous l’avions réclamé, on nous avait un peu oublié…).
  • La femme est respectée : pas d’interventions inutiles qui sont souvent non nécessaires voir indésirables (épisiotomie, perçage de la poche des eaux, injection de divers produits destinés à accélérer l’accouchement…). La position que la femme adopte pour accoucher lui permet d’attraper son bébé (à la différence de la position gynécologique où le femme ne voit rien et a peur de faire tomber son bébé).
  • on prend le temps : le cordon n’est coupé que lorsqu’il a cessé de battre (c’est la recommandation de l’OMS) pendant ce temps, maman a le bébé sur elle et peu créer les premiers liens, en peau à peau. Pas d’obsession de la désobstruction (la aussi la nature est bien faite et un bébé né normalement évacue seul les sécrétions présentes dans ses voies respiratoires), pas d’examen immédiat, pas de pesée dans la minute, pas de collyre. Bref on évite tous les gestes sources de stress pour le bébé comme pour les parents.
  • je ne sais pas si c’est liée à l’AAD mais ma compagne petait bien plus la forme après l’AAD qu’après l’accouchement à l’hôpital…
  • Enfin, pas de changement d’environnement imposé par la sortie de la mat… je me souviens qu’avec notre aîné, le retour à la maison l’avait pas mal perturbé (beaucoup plus de pleurs qu’à la maternité les premiers jours à la maison…).

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